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Malmaison

S. Lama - Yves Gilbert

 

Malmaison

Les jardins

Les bassins

Les glycines

Malmaison

Ma maison

Ta maison

Joséphine

Les fantômes ailés

Des rêveuses en blanc

Traversant les allées

Et les taillis tremblants

Femmes ébouriffées

Vos rives de cristal

Vos rêves étouffés

Dans le vent de vos voiles

Malmaison

Les jardins

Les bassins

Les glycines

Malmaison

Ma maison

Ta maison

Joséphine

J'aimai dîner dehors

Sur des napperons blancs

C'était comme un décor

Qui existait vraiment

Et les gazelles folles

Exaspérant vos nerfs

Femmes que tout affolent

Et qu'un rien rend vulgaire

Malmaison

Les jardins

Les bassins

Les glycines

Malmaison

Ma maison

Ta maison

Joséphine

De plus en plus souvent

Elle est au bout du monde

 

 


 

Maman Chauvier

 

Serge Lama - Yves Gilbert

 

 

En cinquante, j'avais 7 ans,

J'habitais dans la rue Duvivier,

Pauvre, dans un quartier diamant,

Trois dans une chambre meublée.

Mon père faisait dans l'opérette,

On l'appelait le "prince charmant",

Il y gagnait des clopinettes

Et la jalousie de Maman Chauvier.

Un enfant t'aime,

19, rue Duvivier Paris 7ème

Maman Chauvier.

Un enfant t'aime

19, rue Duvivier Paris 7ème

Maman Chauvier

En cinquante, j'avais 7 ans,

Avenue de la Motte Piquée,

À l'école des petits grands

On s'appliquait à m'expliquer,

On se lavait dans des cuvettes,

On bouffait des patates à l'eau,

La radio frappait dans ma tête:

Piaf, Aznavour, Bécaud,

Maman Chauvier,

Un enfant t'aime

19, rue Duvivier - Paris 7ème

Si du haut du ciel

Tu m'entends, maman,

As-tu enfin compris les rêves

De ce faux enfant

Qui ne raflait jamais de prix,

Qui vivait l'amour en cachette

En maculant ses draps de cris

Par cent petites bêtes

Toutes mortes depuis.

19, rue Duvivier, Paris 7ème

Maman Chauvier,

Un enfant t'aime,

19, rue Duvivier - Paris 7ème

Je n'ai pas eu de ballons rouges

 

 

 


Mariages d'un jour

 

Serge Lama - Alice Dona

 

 

Mariages d'un jour sans passion, sans argent

Mariages de paumés à la barbe des gens

Dans un hôtel pouilleux ou au bois de Vincennes

Ou debout sous un pont sur les bords de la seine

Comme des chiens perdus engendrent des bâtards

Combien d'enfants sans nom j'ai fait sur les boulevards.

A cette heure ou la ville est une salle d'attente

Pleine de va nu-pieds de putains et de tantes

Mariages parfaits de l'ombre et du soleil

Noces sans lendemain, amour d'un seul réveil

Avec elle avec toi avec lui avec l'autre

C'est ainsi que Jésus a choisi ses apôtres.

J'aime ces heures là ou les gens ont l'air vrai.

Ils arrachent leurs masques exhibent leurs portraits

Vrais comme un papillon à la lueur des lampes

Comme au confessionnal, comme aux feux de la rampe.

Les soldats humiliés par les filles sans coeur

Aiment les filles qui se donnent pour des fleurs

Les filles de joie se font une douce violence

Et s'offrent un général pas sorti de l'enfance

La nuit ne dit on pas que tous les chats sont gris

Et les hiboux hideux ressemblent à des perdrix

Docteur Jekyll s'en va, il quitte le seizième

Pour jouer les "Dracula" près de celle qu'il aime.

Les aveugles contents de l'être moins que nous

Vont et ne mettent pas leurs bottes dans la boue

Ils rient du bruit joyeux de nos pieds dans les flaques

Et du cri des bourgeois que les voyous attaquent

Mariages d'un jour sans passion sans argent

Mariages de paumés, à la barbe des gens

Dans un hôtel pouilleux ou au bois de Vincennes

Ou debout sous un pont sur les bords de la seine.

 


Mon dada c'est la danseuse

 

Serge Lama - J.-C. Petit

 

Déjà tout gosse dans les coulisses

Je passais mon temps sur les cuisses

Des belles danseuses électrisées

Les stripteaseuses m'hypnotisaient

Déjà gosse est-ce par hasard

J'aimais les plumes et les plumards

S'il faut que les enfants grandissent

J'en connais qui gardent leur vice

Leur vice ou bien leur obsession

Je vous laisse le choix du nom

Est ce mal ou bien j'en sais rien

En tous cas j'ai gardé le mien.

Certains préfèrent les plisseuses

D'autres aiment mieux les blanchisseuses

Les brodeuses, couseuses, ou lisseuses

Moi mon dada c'est la danseuse!

Dans un froufrou de fanfreluches

Les danseuses vivent en ruches

Ça bourdonne et ça prend son miel

Sur le pigeon providentiel

Maman avait peur quelques fois

Que le pigeon ce soit papa

Dans ma mémoire se déforment

Des mamelons de toutes formes

Seins lourds, seins bombés, seins pointus

Fesses rondes à ras du tutu

A dix ans ça me faisait rougir

Maintenant je sais m'en servir.

Certains préfèrent les plisseuses

D'autres aiment mieux les blanchisseuses

Les brodeuses, couseuses, ou lisseuses

Moi mon dada c'est la danseuse!

Dentier branlant perruque en berne

Les vieux beaux venaient par douzaines

Suffoquant, dans leurs vieux habits

Offrir des fleurs et des rubis

J'en ai vu qu'étaient tellement vieux

Qu'ils mourraient en rentrant chez eux.

Dans la pénombre des coulisses

Quelquefois des corps se blottissent

Parmi les habits de couleur

Des danseuses avec des danseurs.

J'ai même surpris, qu'elle horreur

Des danseurs avec des danseurs.

Certains préfèrent les plisseuses

D'autres aiment mieux les blanchisseuses

Les brodeuses, couseuses, ou lisseuses

Moi mon dada c'est la danseuse!

 

 

 


Mon doux agneau, ma tendre chatte

 

Serge Lama - Yves Gilbert

 

 

Moi qui parlais beaucoup trop vite,

Moi qui ne savais pas chanter,

Moi qui n'ai connu la musique,

Que de t'avoir vu l'écouter...

Moi qui ne rêvais que d'espace,

De désert et d'immensité,

Chaque fois que ton ombre passe,

Je n'ai plus envie de bouger.

Mon doux agneau, ma tendre chatte,

Ma blonde fée, mon rien, mon tout,

Même si mon coeur en éclate,

Près de toi, j'irai jusqu'au bout.

Jusqu'au bout...

Moi qui n'aimais pas les fontaines,

Moi qui n'aimais pas m'arrêter,

Un jour ou t'avais de la peine,

Dans tes yeux, je me suis noyé.

Moi qui n'aimais pas les caresses,

Moi que avais si peur de tomber,

Pour une heure de ta tendresse,

Me voilà qui rampe à tes pieds.

Mon doux agneau, ma tendre chatte,

Ma blonde fée, mon rien, mon tout,

Même si mon coeur en éclate,

Près de toi, j'irai jusqu'au bout.

Jusqu'au bout...

 

 


Mon frère

 

 

Mon frère

Dans le pays il avait toutes les filles qu'il voulait

Mon frère

Il était fort, il était grand, moi j'étais laid

Mon frère

Même à la messe le dimanche

Les filles se retournaient

Sur son passage pendant que je priais

Mon frère

Il avait des idées sur tout moi j'étais ridicule

Mon frère

Il était doué pour les études moi j'étais nul

Mon frère

A mes anniversaires c'est lui qui coupait mon gâteau

Moi j'étais bon pour passer le couteau

Sans dire un mot

Il était l'enfant chéri, le préféré

Le chouchou de sa maman

Sans le savoir il a cassé

Tous les jouets d'un enfant

Qui ne demandait presque rien

Juste un ami, un copain

Pour jouer dans le jardin

Mon frère

Il me poussait dans les orties pour amuser les grands

Mon frère

Il m'humiliait pour avoir l'air intelligent

Mon frère

A fait de moi cet homme en pierre

Qu'admirent tous ces gens

Pour son autorité, plus souvent pour son argent

Mon frère

Il a épousé une fille rencontré dans un bal

Mon frère

Il est fonctionnaire à Poitiers moi je suis cigale

Mon frère

Au fil des jours a perdu toute sa confiance en lui

Il me demande même mon avis

Il a vieilli

J'ai parfois l'impression d'être pour lui

Un père

 

 


Mourir en France

 

 

Tous les matins je la découvre dans mon café au lait

Et tous les soirs je la retrouve encore dans mon Beaujolais

C'est comme une vieille maîtresse,

Pour qui je n'ai plus de caresses

Et pourtant je sais bien que mon heure venue

L

Je reviendrai mourir en France

Je finirai ma vie dans mon pays

Dormir au lit de mon enfance

Même si ailleurs c'est mieux qu'ici.

Je ne vais pas vous chanter les larmes aux yeux

Vive ma patrie,

J'ai rencontré des tas de gens merveilleux

Dans d'autres pays,

Sans être chauvin ni débile

J'ai vu aussi des imbéciles

Et comme en vieillissant le coeur

Ça perd la vue.

Je reviendrai mourir en France

Je finirai ma vie dans mon pays

Dormir au lit de mon enfance

Même, si ailleurs, c'est mieux qu'ici.

C'est plus fort que moi mais quand je regarde

Tous ces gens d'ailleurs

Qui viennent chez nous s'offrir nos mansardes

Privées d'ascenseurs,

Eux qui ont ce confort moderne

Devant lequel on se prosterne

Ou ils sont fous

Ou alors je ne comprends plus.

Ils viennent tous mourir en France

Ils viennent tous mourir dans mon pays

Dormir au lit de mon enfance..

Même si chez eux c'est mieux qu'ici

Je reviendrai mourir en France

Je reviendrai à la fin de ma vie

Et pour mes dernières vacances

Mourir en France

En France

 

 


Marie la Polonaise

Musique: Yves Gilbert   1982
© 1982 Editions Phonogram


Mon ardente, ma polonaise
Ce bouquet de roses tendues
Par-delà la foule mauvaise
Marie ton regard suspendu
Sous la glace de ton ascèse
Inaccessible moi je sens
Que sous ta peau coule la braise
La braise rouge de ton sang

Marie douloureuse
Marie départ
Marie je pars
Marie j'ai peur
Marie merveilleuse
Je veux graver mes lèvres
En rouge sur ton cœur

Mon ardente, ma polonaise
Ah j'ai décimé tes bijoux
J'ai brisé ma montre et la chaise
Et je suis tombé à genoux
Enfin tes lèvres que je baise
Enfin ton ventre que je cloue
Pardonne-moi ma polonaise
Je suis affamé comme un loup

Marie solitaire
Marie la terre
Marie la mer
Marie le feu
Je viens me soumettre
Mon rêve est que tu règnes
En maître sur mon cœur

Marie solitaire
Marie la terre
Marie la mer
Marie le feu
Marie sur la terre
Ton ombre est le soleil d'amour
Qui éclaire mes yeux
La lumière
Providentielle
Qui vient du fond du ciel
Marie


Mémorandum pour un pucelage

Musique: Yves Gilbert


Quand elle est entrée dans ma vie
Je n'en fus pas ravi ravi
J'étais un tantinet sauvage
Elle m'a dit "Sacré bon dieu
Un puceau qu'a de si beaux yeux
Par le ciel comme c'est dommage".
Je montais chez elle en tremblant
Pour moi l'amour c'était en blanc
Avec un prêtre avec des cierges,
Elle m'a dit "N'aies donc pas peur
Je vais te présenter ma sœur
Qui est encore plus ou moins
vierge".

Cette délicate attention
Me mettait dans une position
Vis-à-vis d'elle un peu scabreuse
Héroïque je m'écriai
Je ne suis pas ce que vous croyez
Au sujet des choses amoureuses
Elle m'a dit "Bravo petit,
J'étais sûre qu'on m'avait menti
T'es déjà un sacré bonhomme!"
Quand sur les trente-six positions
Elle me demanda mon opinion
Je me sentis devenir un homme.

À force de parler d'amour
C'est bien connu on a recours
Sans y penser à la pratique
Certes j'étais un peu confus
Et ma première nuit ne fut
Qu'une leçon de gymnastique
Puis ma foi petit à petit
J'ai appris à faire mon lit
À voler de mes propres ailes
Un soir elle a même avoué
Que j'étais l'un des plus doués
De la génération actuelle.


Mon ami, mon maître

Musique: Yves Gilbert


J'ai essayé à cent reprises
De vous parler de mon ami
Mais comment parler d'une église
Dont l'accès vous est interdit

Mais ce soir je sens sous ma plume
Un fourmillement familier
Quand le soleil du cœur s'allume
L'éteindre serait un péché

C'est mon ami et c'est mon maître
C'est mon maître et c'est mon ami
Dès que je l'ai vu apparaître
J'ai tout de suite su que c'était lui
Lui qui allait m'apprendre à être
Ce que modestement je suis

Comme une chèvre vendéenne
De ses secrets il est jaloux
Et même s'il a de la peine
Il ne vous parle que de vous

Il conserve de son bel âge
Un sourire au fond de ses yeux
Et je me dis que c'est dommage
De vous le décrire sans cheveux

C'est mon ami et c'est mon maître
J'le vouvoie encore aujourd'hui
Et quand j'ai mal dedans mon être
Je passe une heure ou deux chez lui
L'air qu'on respire à sa fenêtre
C'est l'air le plus pur de Paris

Il garde en lui dur comme une arme
Un orgueil au-delà de tout
Au point que même au bord des larmes
Il vous fera croire qu'il s'en fout

C'est lui qui a fortifié mon âme
Et si je suis encore en vie
Je ne le dois pas à cette femme
Qui me rend heureux aujourd'hui

Mais à mon ami à mon maître
Et dans la chanson que voici
Je sais qu'il va se reconnaître
Mais puisque nous sommes entre amis

Ce soir je peux bien me permettre
De vous le présenter aussi


Mon enfance

Musique: Yves Gilbert


Mon enfance m'appelle sur des plages de sable
Mon enfance m'appelle sur des plages dorées
Sur elle sont venues s'inscrire impitoyables
De nombreuses années

Qu'ai-je fait? Qu'ai-je dit?
Qui suis-je en ce pays?
Quelle neige est déjà tombée dans mes cheveux?
Les hommes ne sont-ils nés que pour devenir vieux?
O mon enfance disparue
Quel était le nom de ma rue?

Qu'ai-je fait? Qu'ai-je dit?
Qui suis-je en ce pays?
Quelle fleur a courbé sa tige sous mes pas
Pour que je sois tombé tout à coup aussi bas?
O mon enfance prends ma main
Puisque tu es sur mon chemin

Mon enfance m'appelle sur des plages de sable
Mon enfance m'appelle sur des plages dorées
Sur elle sont venues s'inscrire impitoyables
De nombreuses années

Qu'ai-je fait? Qu'ai-je dit?
Qui suis-je en ce pays?
Quel espoir de départ vers des lieux inconnus
Pour oublier plus tard qui je suis devenu?
O mon enfance revenue
Dis-moi, qui suis-je devenu?

Qu'ai-je fait? Qu'ai-je dit?
Qui suis-je en ce pays?
Quelle éternelle nuit se lève dans mes yeux?
On récolte l'ennui quand on a ce qu'on veut
O mon enfance quelle envie
D'aller chez toi finir ma vie!

Mon enfance m'appelle sur des plages de sable
Mon enfance m'appelle sur des plages dorées
Sur elle sont venues s'inscrire impitoyables
De nombreuses années


Moyennant quoi

 Musique: Alice Dona   1978  "Enfadolescence"


Tu la couvres, c'est vrai, de bijoux, de fourrures
Tu lui changes, c'est vrai, chaque année sa voiture
Tu es tombé dans sa vie comme le Père Noël
Les doigts pleins de cadeaux et le cœur paternel
Une fois tous les mois tu l'emmènes au théâtre
Droite et belle et fardée comme une femme en plâtre
Tu organises tout, tu décides et tu tranches
Et sa petite main vient mourir sur ta manche

Moyennant quoi, toi, tu la penses heureuse
Moyennant quoi, tu la penses amoureuse
Ne vois-tu pas cette ombre au fond de son regard
Est-ce l'ombre des cils ou un peu de brouillard
Moyennant quoi tu en as fait ta chose
Moyennant quoi, quand elle a l'air morose
Tu penses simplement qu'un des enfants va mal
Et qu'elle s'inquiète un peu et que c'est bien normal

Tu me couvres, c'est vrai, d'un mépris confortable
A l'école déjà, je portais ton cartable
J'étais déjà tout seul mais protégé par toi
Mais je ne suis pas là pour te parler de moi
Je ne suis venu que pour te parler d'elle
C'est l'amour et lui seul qui m'a donné mes ailes
Et te dire tout haut ce que son cœur te cache
Il fallait bien qu'un jour ou l'autre tu le saches

Moyennant quoi, puisque l'on se ressemble
Moyennant quoi, nous partirons ensemble
Et même si malgré tout elle restait chez toi
Par lâcheté, du moins que tu saches pourquoi
Moyennant quoi, nous serons enfin libres
Ou de mourir ou de tenter de vivre
On n'en peut plus, tu sais, de cette tyrannie
A partir d'aujourd'hui, dis-toi que c'est fini

Moyennant quoi, on fera ce qu'on aime
Et l'on assurera seuls nos problèmes
Tu peux sourire de ton sourire protecteur
J'ai dépassé le cap où tu me faisais peur
Moyennant quoi, on deviendra splendides
Après des siècles et des années de vide
On deviendra ce qu'on était au fond du cœur
Moyennant quoi, sans toi, on deviendra
Un homme et une femme.


Neige

 

Serge Lama - Yves Gilbert

 

 

Ils s'infiltrent dans les veines

Tout Rimbaud et tout Verlaine

En duo

Pour faire taire leur violence

Ils s'injectent du silence

Sous la peau.

L'un tremble et l'autre chancelle

Leur solitude est plurielle

Mais sans mots

Ils s'insultent du rêve

Pour que le jour qui se lève

Soit plus beau.

Ils finiront dans la beige blanche un jour

Avec des corbeaux sans ailes tout autour

Des vautours

Ils finiront dans la neige blanche un jour

Transis de froid dans la fièvre d'un amour

Sans retour.

Regardez-les dans vos squares

Vieilles gens d'une autre histoire

Mille neuf cent

Regardez le lent suicide

Des innocents aux mains vides

Vos enfants.

Ils ne sont plus de vos fêtes

Ils sont d'une autre planète

Apparue

Dans des ruelles étroites

Où vos rues larges et droites

Ne vont plus.

Ils finiront dans la beige blanche un jour

Avec des corbeaux sans ailes tout autour

Des vautours

Ils finiront dans la neige blanche un jour

Transis de froid dans la fièvre d'un amour

Sans retour

 

 


Nicolas

Musique: Yves Gilbert

Nous étions Nicolas et moi
Assis au pied des caravanes
Pour faire prendre l'air à notre âme
En attendant d'aller chanter là-bas
Sur les tréteaux dressés pour ça

Les romanichels étaient là
Tout autour avec leurs gitanes
Ils avaient aussi des caravanes
Ils faisaient un grand cercle autour de nous
Ils avaient des enfants partout

Nicolas, Nicolas
Pourquoi n'avons-nous pas chanté pour eux?
Nicolas, Nicolas
Ça les aurait rendus heureux

Tout à coup j'entends une voix
Qui s'écrie: "Planquez vos affaires!
Ils ont des gueules patibulaires
Ils ne me disent rien de bon ces gens
Laissez pas traîner votre argent"

Et pas plus Nicolas que moi
N'a osé relever la phrase
Perdus tous deux dans cette extase
Qui précède l'heure où l'on va chanter
Qui fait croire qu'on est fatigué

Nicolas, Nicolas
Pourquoi n'avons-nous pas chanté pour eux?
Nicolas, Nicolas
Aujourd'hui je m'en veux un peu

Nous étions Nicolas et moi
Assis au pied des caravanes
En train de fumer nos Gitanes
Sans souci pour ces va-nu-pieds autour
Avec leurs yeux luisants d'amour

Nicolas, Nicolas
Pourquoi n'avons-nous pas chanté pour eux?
Nicolas, Nicolas
Ils avaient de si pauvres yeux

Nicolas, Nicolas
Pourquoi n'avons-nous pas chanté pour eux?
Nicolas, Nicolas
Puisqu'on est des gitans comme eux
 

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